théâtre politique
Jacques Chirac affronte édouard balladur en 1994, pour les présidentielles. Au théâtre On entend Jacques chantonner "on a gagné."
C'est l' Acte 2




Le lendemain matin. Même décor... excepté le gazon « grillé ». Bernadette radieuse, installée dans son « fauteuil directeur », une revue en main... Elle ne lit pas, elle attend avec impatience.
On entend Jacques chantonner « on a gagné. » Il entre euphorique. Bernadette se plonge dans une fausse lecture. A peine passé la porte, Jacques regarde son gazon et s’arrête net à un « on a ga. »
Bernadette l’observe d’une manière se voulant discrète mais cache difficilement sa joie. Jacques est comme tétanisé.
Comme si de rien n’était :

Bernadette : - Nous avons encore gagné, Jacques.

Jacques s’approche de son gazon (dos au public donc), se penche vers lui, le touche.

Bernadette, sourit (pour le public) : - J’ai gagné. Il lui faut des grandes baffes à mon Jacques, et il repart. Une baffe et je repars, ça pourrait vraiment être son slogan. Un coup comme ça, Edouard ne s’en remettrait pas.
Jacques, toujours de dos : - Un traître. Il n’y a qu’un traître pour m’avoir fait ça. (se retournant vivement) Qui est venu ici durant mon absence ?

Bernadette, surprise dans son sourire, se fige.

Jacques : - Vous ? Vous Bernadette... Je vois dans votre sourire...
Bernadette, gênée, cherchant sa réplique : - Oui Jacques, je souriais. Je souriais car je me doutais de votre réaction.
Jacques : - Mais c’est votre sourire, madame.
Bernadette : - Je souriais car vous cherchiez un traître pour expliquer la mort de ce gazonneau. Et je vois que vous cherchez désormais la trahison même dans votre maison.



Bernadette attend une contradiction qui ne vient pas.

Bernadette : - Comme souvent, vous me considérez responsable en cas d’échec et ne savez pas reconnaître ma part de travail dans la réussite.
Jacques, pour le public : - Blabla blabla... Ta part de travail, quand tu auras serré les mains bien gercées de cinq mille trois cent douze bouseux au salon de l’agriculture, tu sauras ce que c’est de mouiller sa chemise.
Bernadette, continue : - Subodorant votre probable injuste réaction, j’ai pris l’initiative, ce matin, de téléphoner à notre ami Nicolas, Nicolas l’éminent scientifique...
Jacques : - Ecolos de mes...
Bernadette, plus haut, couvre sa voix pour éviter d’entendre la suite : - Pour lui demander si le fait d’imbiber avec du champagne, chaque matin, 600 centimètres carrés de brindilles de mauvaise herbe.
Jacques : - Mauvaise herbe !
Bernadette : - Déjà peu vigoureuse, pouvait, après 17 jours, causer une mort irrémédiable. Vous voulez connaître sa réponse.
Jacques : - Sur ce sujet comme sur d’autres, son avis, vous savez...
Bernadette, laisse peser le silence puis : - Afin que cessent vos allusions injustifiées, même si vous ne me présentez pas des excuses avec la solennité exigée par vos injustes insinuations, notre ami Nicolas est formel : le champagne est déconseillé comme liquide d’arrosage ; je vous épargne les termes techniques, mais la composition du champagne peut s’assimiler à une surdose d’engrais... J’ai naturellement évité de signaler à cet éminent scientifique que ce champagne était votre troisième bouteille de Dom Pérignon... Au gré de notre amicale conversation, il m’a d’ailleurs confié une de ses idées, et je l’ai jugée très intéressante... Elle pourrait redresser votre courbe d’opinions favorables...
Jacques : - Mais naturellement je vous écoute... Le miracle se produira quand nous ne l’attendrons plus.
Bernadette : - Il s’agirait de trouver l’opportunité d’un grand discours écologique, à l’étranger de préférence, que la tribune soit mondiale, sur le développement du... Pas durant... Mais un nom comme ça.
Jacques : - Dupont...
Bernadette : - Durable. Oui... Le développement durable, c’est son nouveau concept, qu’il est disposé à venir vous exposer dans les détails, il va même publier un livre sur le sujet... Il est persuadé que c’est sur ce terrain que se gagnera la présidentielle...
Jacques, crie : - Bernard !

Bernadette frémit (non remarqué par Jacques).

Entre Bernard : - Monsieur m’a appelé.
Jacques : - Je suppose que vous savez.
Bernard, très cinéma des années 50 : - Oh monsieur, c’est moi qui ce matin ai constaté le décès... J’ai tout de suite pensé à l’immense chagrin qu’allait ressentir monsieur. Je tenais à vous présenter toutes mes condoléances attristées.
Bernadette, pour elle-même : - Mais il fou !
Bernard, continuant : - Et je me suis tout de suite précipité à la cave.
Jacques : - A la cave ?
Bernard : - Pour vous remonter quatre bouteilles de Dom Pérignon. Je me suis dit que si une telle chose m’arrivait, je prendrais quatre bouteilles et j’irais me coucher... J’ai bien fait monsieur ?
Jacques : - Vous videz quatre bouteilles de champagne, Bernard !...
Bernadette, pour elle-même : - En plus de nous voler il nous vole.
Bernard, troublé : - Du champagne, du champagne... C’est comme ça qu’on appelle du mousseau, du Paul Bur, c’est le meilleur rapport qualité prix que j’ai trouvé, ça ne coûte pas plus cher qu’un gros pain. Quand on se fait une petite fête, avec Caroline, on ouvre une bouteille de Paul Bur... Je sais bien que la circonstance n’est peut-être pas bien choisie, mais avec les enfants qui grandissent, une augmentation...
Bernadette : - Il manque pas d’air celui-là ! Il va en avoir une belle d’augmentation, elle s’intitulera indemnités de licenciement, puisqu’on ne peut même plus simplement « signifier son congé ». Vous parlez d’un progrès !
Jacques : - Allez, vous êtes bien brave, Bernard, apportez deux coupes, nous allons trinquer ensemble... Même dans les tranchées les Hommes se relevaient pour un bon verre.
Bernadette : - Trois coupes.
Jacques : - Vous, madame !
Bernadette : - Vous êtes bien entré en criant, « on a gagné », je suppose que vous avez signé un juteux contrat.
Jacques : - 10% ! Pour tous les travaux dans les établissements scolaires. Nous allons avoir les plus beaux lycées du monde ! Et pour qui le pactole ? Et pour qui la belle avance ? Non madame, votre mari n’est pas battu. On va voir ce que l’on va voir, je saurai me battre... Tenez Bernard, en même temps que les bouteilles, ramenez-nous la valise sous la commode Louis XIV.

Bernard sort.
Bernadette sourit (on peut imaginer qu’elle pense : oh le grand enfant... une claque et il repart).
Bernard rentre sans bouteille mais avec l’attaché-case.

Bernard : - Monsieur le maire, monsieur Antoine désire vous parler.
Jacques, soulève la main droite : - Vous lui direz que vous ne m’avez pas trouvé.
Bernadette : - Que vous a-t-il fait, ce cher Antoine ?
Jacques : - Il a failli tout faire capoter avec son « rappel des nouvelles dispositions légales. » Ça jette un froid un truc pareil.
Bernadette : - Mais Jacques, vous ne seriez quand même pas dans l’illégalité ?
Jacques : - Moi ? Oh ! Jamais ! Antoine a toutes les délégations pour traiter ce genre d’affaires. Je suis au-dessus de tout ça, voyons madame, je suis monsieur le maire quand même... Même si parfois vous semblez considérer ce poste comme dérisoire.

Pendant cet échange, Bernard se place de façon à n’être pas vu de Bernadette et tente de communiquer à Jacques une information par signes, d’abord en décrivant un téléphone, puis en montrant l’aquarium puis finalement en sculptant des mains les hanches d’une femme. Jacques soudain comprend.

Jacques : - Bon, bon, puisque vous insistez madame, j’y vais, j’y vais.

Et il se précipite...


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